dimanche 20 août 2017

Aurora (Roxane Dambre)

Tout s’annonçait pourtant bien, en cette rentrée à la Sorbonne. J’étais acceptée dans la prestigieuse Ecole Pratique des Hautes Etudes pour une thèse en langues sémitiques et hébraïques.
La promesse d’années d’études éclatantes, à moi les secrets des civilisations disparues ! Et puis...
Et puis Yann a débarqué dans ma vie. 50 ans, 1m80, yeux bleus, cheveux argent coupés ras, blouson de cuir, énorme moto.
Avec une histoire invraisemblable de parchemins vieux de plusieurs millénaires à traduire, pour lesquels il avait besoin de moi.
Parchemins qu’il aurait piqués dans les réserves secrètes du Vatican. Oui, parce qu'en plus il est prêtre !
Au début, j’ai cru à un bizutage organisé par ma directrice de thèse. La traduction des parchemins allait sûrement aboutir à « Bravo, Aurore ! » ou « Bienvenue dans les meilleures années de ta vie ! »
Mais dans la bibliothèque de l’université, le livre que je venais chercher a été détruit.
Et les deux bibliothécaires atrocement torturés avant d’être tués, par une créature terrifiante qui m’appelle « Aurore chérie » et m’explique que nous allons faire équipe.
Moi, je ne suis pas croyante, Dieu et les anges, ça ne me dit rien. Mais je le sais maintenant, les démons, eux, existent.
Et le pire d’entre eux, Asmodeus, un des rois de l’Enfer, vient de m’obliger à faire alliance avec lui.

Retour sur un roman assez atypique, mais fidèle au style de son autrice !

Dans Aurora, nous nous embarquons aux côtés d’Aurore, une jeune femme qui va effectuer sa rentrée à la Sorbonne, afin de réaliser une thèse. Elle est bien loin d’imaginer que son quotidien va être totalement chamboulé par ce prêtre qui lui apporte des documents à traduire. Elle qui croit à une grosse blague va vite être démentie : elle est désormais impliquée dans une quête surréaliste qui mêle anges et démons. Sauront-ils survivre pour arriver jusqu’au bout ?

Je dois avouer que j’étais très curieuse de lire ce bouquin de Roxane Dambre. Je l’ai découverte il y a de cela plusieurs années, et j’avais fondu pour Animae, puis pour Scorpi. C’est un fait : j’aime ce qu’elle écrit, et quand la couverture et le résumé d’Aurora sont parus, j’ai été immédiatement intriguée. Pour une raison très simple : je suis croyante, et le domaine de la religion me touche assez. Je voulais savoir ce qu’elle en avait fait. J’ai été surprise, mais pas déçue du voyage !

Dans cette nouvelle fiction, toujours de genre fantastique, nous avons Aurore, une jeune femme à l’apparence banale, mais qui va s’avérer bien plus que cela au fil des pages (sinon, c’est pas drôle, évidemment !). Spécialiste en langues anciennes, elle a ce petit côté comique et innocent que possèdent la plupart des héroïnes de Roxane Dambre. Elle n’en reste pas moins intelligente, et elle sera une clef importante dans l’intrigue.

À côté d’elle, nous retrouvons deux personnages secondaires importants : Yann, le prêtre, et Asmodeus, l’un des démons rois des enfers. Compagnie assez hétéroclite, mais qui va susciter beaucoup d’échanges et de réflexion. Yann est un homme plein de ressources, fort dans sa foi et franchement sympathique. Difficile de ne pas l’apprécier ! Quant à Asmodeus, si l’on finit par l’apprécier pour de multiples raisons, on ne peut jamais s’empêcher de s’en méfier. Après tout, c’est un démon, hein. On va pas non plus pousser Mémé dans les orties !

La quête du roman est pour le moins originale. Pour ceux qui côtoient les récits bibliques ou en ont une connaissance à peu près générale, elle semble logique. Je dis pas qu’elle est réaliste, mais l’idée peut être amusante dans le contexte d’une fiction. Il faut que je précise d’ailleurs ici que, moi qui suis très frileuse avec la fiction concernant la religion, je n’ai pas du tout été dérangée par ce que j’ai trouvé. Si je ne suis pas forcément d’accord avec l’hypothèse soulevée, et encore moins avec ce que la fin du roman laisse entendre, j’ai trouvé ma lecture rafraîchissante, et j’ai admiré bon nombre de réflexions et d’échanges entre les personnages.

Oui, admiré. Parce qu’on sent que Roxane Dambre s’est renseignée sur le sujet. Elle a une connaissance du milieu, des têxtes, ce qui fait que la dynamique de parole entre les personnages, dans leurs interactions en fonction de leur contexte d’origine est tout à fait naturelle. Les sujets abordés n’entrent pas en discorde avec ce qu’on connait. Au contraire, l’autrice nous offre de belles ouvertures sur bien des sujets fondamentaux de l’Eglise, et bien évidemment, sur le Bien et le Mal. D’ailleurs, chapeau, Roxane, pour avoir réussi à faire d’Asmodeus un personnage aussi… nuancé. Parce que rien n’est blanc ou noir, dans notre monde !

Le récit nous tient en haleine, puisque tout se passe dans un très court laps de temps : à peine quelques jours. Les rares temps de pause servent à faire avancer la réflexion, à plonger un peu plus Aurore dans ce monde qui lui est inconnu. Et à débloquer la suite aussi ! Les rebondissements sont nombreux, les rires au rendez-vous, et encore une fois, on réfléchit sans se prendre la tête. Il y a de très bons éclairages, vraiment ! (oui, j’insiste dessus, mais ça me paraît important)

La plume de Roxane Dambre est toujours aussi fluide et légère. S’ajoute ici la complexité du domaine théologique qu’elle a réussi à retranscrire sans que cela soit incompréhensible et inatteignable. Savoir créer un pont crédible entre le réalisme et la fiction n’était pas évident dans cette intrigue, et elle s’en est très bien sortie. Elle a de même réussi à capter les personnalités de chacun, leurs émotions et leurs enjeux avec brio, et c’est vraiment chouette à lire, d’autant que nous avons droit à plusieurs points de vue dans le récit, et ça, je trouve ça toujours excellent !

Au niveau des valeurs, je pourrais dire que ce roman nous invite à voir la religion (catholique) sous un autre angle, de même que, de façon plus générale, le Bien et le Mal. Je trouve qu’Aurora ouvre beaucoup de portes de compréhension, pour ceux qui sont éloignés de tout ceci. La foi est aussi un élément très important, et j’ai trouvé assez amusant ce qui a été fait à partir de la parabole de la graine de moutarde, même si… on n’est pas encore à ce stade de réalisation, en réalité, hein ! Beaucoup d’éléments sont transversaux, tout comme la figure d’Asmodeus qui nous montre que les démons, le Mal se cachent sous différentes figures. De quoi cogiter ensuite un moment ! Mon seul point un peu… pas négatif, mais mitigé, on dira, c’est sur la fin. Si j’ai bien compris, euh… non, hein, j’suis pas trop d’accord aha.

En conclusion, Aurora aura été une chouette lecture. J’aurais été moins emballée que pour Animae et Scorpi, mais le sujet m’aura véritablement intéressée et embarquée. Les thématiques de religion sont abordées avec justesse, de quoi ouvrir des portes de compréhension multiples sur quelque chose de souvent controversé aujourd’hui. À cela s’ajoute une intrigue dense et bien ficelée, mêlant fiction et réalisme avec brio ! Les personnages sont attachants (enfin, surtout Yann, Aurore et les anges, pour ma part) et riches dans leurs caractères et émotions. Il y a juste la fin qui me laisse un peu… mitigée. Mais sinon, c’était une chouette lecture, vraiment, et je la conseille ! Ce sera un 17/20 pour moi et merci, Roxane ! Vivement ton prochain livre !

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