dimanche 9 juillet 2017

Raison et Sentiments (Jane Austen)

Raison et sentiments sont joués par deux soeurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l'imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIè siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent.

Revenons un peu sur un roman qui m’a dépaysée et m’a fait prendre mon temps après une déception livresque !

Raison et Sentiments nous emporte auprès de deux sœurs : Elinor et Marianne Dashwood, que tout oppose dans le caractère. Elinor est posée, réfléchie, et incarne la raison, tandis que Marianne se laisse aller à ses penchants, ses émotions, et représente donc les sentiments. Toutes deux sont en âge de se marier, mais leurs inclinaisons à toutes deux pourraient bien souffrir des difficultés insoupçonnées…

J’ai craqué pour l’édition collector de ce roman, qui me permet de découvrir un autre récit d’une auteur que j’aime beaucoup. Bien sûr, je n’avais lu qu’Orgueil et Préjugés avant, mais Jane Austen m’avait marquée par la vivacité de son style, par l’histoire prenante et par tout, en fait. C’est encore le cas ici !

Dans cette histoire qui suit les codes et le rythme de la société britannique du 19ème siècle, nous suivons l’évolution des amours des sœurs Dashwood, au cœur de leur vie quotidienne et mondaine. Il ne faut pas ici s’attendre à ce que tout aille vite, bien au contraire, mais une fois que nous avons réussi à nous couler dans le moule de l’époque, on se laisse porter par la plume dynamique de Jane Austen, et on se met à côtoyer avec plus ou moins de sympathie plusieurs personnages.

Elinor et Marianne sont bien entendu les protagonistes du récit, et si elles m’ont toutes deux plu, j’avoue avoir une préférence pour la première, qui est aussi l’aînée. Je me suis plus retrouvée en elle, dans cette femme qui intériorise énormément mais n’en ressent pas moins que Marianne, qui, elle, a de plus fortes expressions. Cela étant, les deux vont souffrir de leurs propres caractères et des conséquences que cela engendre. À ne rien montrer, on peut envoyer des signaux contradictoires, et à tout montrer ou presque, on prend des risques que nous n’avions pas imaginés. Ces deux femmes sont fascinantes, notamment aussi par tout ce qui les lie : leur amour fraternel est touchant de bien des façons.

D’autres personnages gravitent autour d’elle, les prétendants (dont je tairai les noms), leur mère, leur frère et leur belle-sœur, leurs amis… toute une société, en vérité. Bien sûr, aucun d’eux ne peut nous laisser indifférent : Jane Austen joue trop bien avec sa plume et les lecteurs que nous sommes pour cela ! Laissez-moi d’ailleurs vous dire qu’il y a des baffes et des secouades qui se perdent, dans ce vaste monde de la littérature. Oui, même dans les classiques ! (surtout dans les classiques. Il n’y a qu’à lire Autant en emporte le vent, pour s’en rendre compte. Bref.)

Dans toute cette fresque humaine, on retrouve de tout, mais surtout on retrouve un méli-mélo de réactions aux évènements tout à fait fascinant. Rien qu’Elinor et Marianne offrent deux tableaux vraiment intéressants face au même élément. Il y a vraiment une richesse du récit, de la psychologie de chacun, qui rend ce récit terriblement réaliste et prenant malgré son rythme ralenti.

Attention, je ne dis pas qu’il y a des longueurs. Je dis que chaque chose va comme ça allait à l’époque : ce n’est pas un roman qu’on dévore comme on dévorerait une romance contemporaine. Il se savoure ! On suit les personnages, en s’impliquant tout de même un peu, et on observe ce qui se passe. Ceci est le grand talent de Jane Austen : installer le lecteur devant son histoire et la lui partager pour qu’il oublie le monde, même si tout ne va pas aussi vite qu’on en a l’habitude.

En elle-même, l’histoire est tout à fait intéressante : les évènements qui interfèrent dans les souhaits et les prévisions des jeunes femmes (et de leurs entourages, souvent) rendent le tout savoureux et « l’aventure » assez croustillante. De fait, les rebondissements sont assez recherchés et correspondent à des remous assez puissants pour l’époque. Mais nous, on aime !

Que vous dire de plus ? Il est difficile d’en dire trop sur ce roman qui possède cependant énormément de qualités. Ce n’est pas un bouquin dont on peut énumérer tous les points positifs comme ça, c’est un roman qui s’apprécie sur l’instant, et bien après. On en goûte la richesse encore longtemps ! La plume de Jane Austen est vive, précise, et elle sait parfaitement cerner les caractères de ses personnages avec des mots ajustés. On s’y voit, on est dedans et ça fait un bien fou !

Autre chose qui fait du bien dans cette lecture : les valeurs. Avec Elinor qui fait prôner sa raison avant toute chose, mais aussi et surtout beaucoup de générosité et de douceur, de miséricorde et de sensibilité à l’autre, il y a déjà de quoi faire. Mais si on ajoute Marianne, qui malgré ses sentiments qui peuvent la renfermer sur elle, ajoute une toute de vie et de joie au récit, en plus d’une véritable évolution vers la maturité ? Je n’aurai bientôt plus assez de place pour terminer ma chronique ! Ces deux sœurs démontrent chacune à leur façon une force de caractère que nous aimerions tous posséder !

En fin de compte, Raison et Sentiments aura été une très, très chouette découverte pour moi. C’était totalement différent d’Orgueil et Préjugés, et j’en suis bien heureuse, parce que comme ça, la comparaison ne s’effectue pas. Elinor et Marianne sont deux sœurs fascinantes, opposées mais auxquelles on s’attache très vite, et on prend part à leur histoire. Jane Austen possède une plume très vive, qui sait croquer des situations et des personnages en quelques mots avec habileté et justesse, peignant une intrigue aux remous surprenants, mais… qu’on ne peut qu’apprécier !
Ce sera donc un 17/20 pour moi et je vous recommande chaudement ce classique !

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