dimanche 4 mars 2018

Seuls les poissons morts suivent le courant (Alice Gautreau et Margaux Duquesne)

" Je ne suis ni diplomate, ni géopoliticienne. Je suis sage-femme.
Par-dessus tout, je suis indignée.
Indignée par la misère dans le monde, indignée qu’au XXIe siècle, tant de femmes meurent encore en couches, indignée que tant périssent en essayant d’atteindre une vie meilleure. "
Originaire d’un petit village des Pyrénées Orientales, Alice Gautreau travaille pour Médecins sans frontières. Après une première mission à l’est du Congo, elle a embarqué à bord de l’Aquarius, où MSF donne les premiers soins médicaux aux migrants rescapés par les sauveteurs de SOS Méditerranée.
Une expérience qui n’a rien fait pour atténuer son indignation. Accouchement en pleine mer, décès évitables, la tragédie du quotidien en Méditerranée Centrale était pire qu’elle se l’était imaginée. Pour combattre ce drame, une poignée de volontaires d’une humanité incroyable, petites gouttes d’eau dans un océan d’indifférence, tentent de faire des vagues pour réveiller l’opinion publique. Alice en est convaincue : à grands coups de solidarité, on peut changer le monde !

C’est parti pour une nouvelle chronique !

Seuls les poissons morts suivent le courant est un récit biographique qui nous emmène auprès d’Alice, sage-femme, qui s’est engagée auprès de Médecins sans Frontières, et va découvrir une situation extrême lors de sa mission sur l’Aquarius. Recueillir des migrants qui s’échappent d’un pays qui ne leur veut aucun bien, en pleine mer, n’a rien d’une sinécure. Elle nous livre entre ces pages son récit de ces quelques mois bien intenses, ainsi que son parcours et ce qui l’a forgée à s’engager.

Je ne sais pas vous, mais le titre m’a beaucoup interpellée quand je l’ai croisé la première fois. Il a de quoi, en fait. Il nous questionne directement, et ensuite, quand on voit le résumé, le thème du livre, on a envie de savoir de quoi il retourne, de faire face à une réalité qu’on connait peu, dont on ne parle pas. Personnellement, j’ai tendance à ne pas regarder les informations, et seuls les réseaux sociaux me tiennent au courant de l’actualité. Les réseaux, ou alors les gens avec qui je discute autour de moi. Alors cette situation de l’Aquarius, vécu par une sage-femme jeune, m’a saisie. Je voulais en savoir plus.

J’ignore si c’est le fait de bosser dans le social qui me rend plus sensible à ce genre de choses, mais je pense que personne ne sortira indemne ou indifférent de cette lecture. Parce que cette expérience partagée en mots est déjà très puissante, alors qu’il ne s’agit que d’instants choisis, pas de tout le voyage. Et c’est déjà tellement dense, tellement puissant, que j’en ai eu l’estomac tout retourné. Ça a de quoi brasser, clairement… et ça nous donne envie de bouger, de faire des choses. De réagir.

Je ne sais pas trop quoi dire sur ce bouquin. On y apprend beaucoup de choses, sur les missions de Médecins sans Frontières, sur tous les silences qui sont parfois faits, sur le métier de sage-femme, sur Alice aussi. C’est une histoire de vie, après tout, une histoire de vie avec une tranche de vie qui doit nous faire réagir parce qu’elle ne doit pas être normale… Ce qui a de fait, plutôt bien marché avec moi. C’est un bouquin qu’on a ensuite envie de faire tourner, de prêter, pour que d’autres le lisent et réagissent.

Puisque c’est un livre autobiographie/témoignage, je ne peux pas trop en parler plus, sinon dans la forme de l’ouvrage. Les photos ajoutées au milieu du bouquin sont riches et nous permettent de mieux nous imaginer tout ce qui est présenté au fil des mots. La réalité devient plus palpable, et quelque part, avec le poids de ce qui nous est confié, on peut aussi voir que la joie et les sourires pouvaient s’inviter sur le bateau ou lors de missions plus difficiles.
Au niveau du texte en lui-même, les choses sont bien organisées, ça suit un fil intéressant, même si j’ai été troublée de voir la mission de l’Aquarius arriver en premier lieu, pour ensuite laisser la place à l’histoire de vie de la sage-femme. Mais quelque part, on passe d’abord le message, et ensuite on passe à autre chose. Je comprends le choix, même s’il m’a déstabilisée au départ.

Le livre se lit vite, même si vous aurez envie de prendre des pauses pour réfléchir et pour vous aider à digérer ce que vous aurez lu. Parce que c’est un bouquin d’humanité, et d’une humanité parfois bafouée. Il n’est pas fait pour mettre à l’aise, mais pour parler d’un sujet dont on ne discute pas assez. Cela dit, tout est fluide. Percutant, mais fluide. Margaux Duquesne réussit à mettre le tout en mots, en forme, pour nous rendre proches d’Alice, comme si elle nous racontait ça dans une discussion, simplement. C’est simple, accessible à tous, mais il y a quelque chose dedans qui vous marque, qui vous fait revenir aux faits. En gros, on saisit la belle personnalité d’Alice, tout en se concentrant sur sa mission, sur son message, au lieu de la voir elle, et je pense que c’est le but de l’ouvrage. Transmettre quelque chose, d’abord.

En fin de compte, c’est un bouquin que je suis contente d’avoir lu, même s’il dénonce une situation difficile (joli euphémisme). Il vous fera réfléchir, vous permettra de faire un peu connaissance avec une jeune femme qui a osé se mettre au service des autres dans des conditions vraiment peu évidentes, et qui désormais essaie de lever le voile sur ça. C’est un récit percutant, fluide, qui ne vous laissera pas indifférent, et que vous aurez peut-être envie ensuite de faire découvrir à d’autres pour les faire réagir à leur tour, pour au moins déclencher une prise de conscience. Alors merci Alice ! (et merci Margaux !)
(et cela ne vous aura pas échappé, je ne mets pas de note, parce qu'on ne note pas ce genre d'ouvrage, c'est plus que délicat... !) (mais je vous le conseille, et vivement !)

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